Le combat pour la justice - Françoise Dumont

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Sauf à vouloir défendre ses propres privilèges, il est difficile aujourd’hui de ne pas souhaiter une transformation sociale qui s’attaque aux maux dont souffre notre société et qui la fragmentent. La file de ceux qui attendent, par tous les temps, devant une distribution des Restos du cœur nous rappelle que la cinquième puissance mondiale s’arrange avec l’accroissement de la précarité, des inégalités et de l’exclusion. Dans un pays qui s’enorgueillit d’être celui des droits de l’homme, près de 9 millions de personnes sont laissées au bord de la route, avec des difficultés d’accès à des droits fondamentaux comme les soins, un logement, un niveau de vie décent… Certaines d’entre elles vivent dans un total isolement social, parce que de nombreux espaces, en zones urbaines, périurbaines ou rurales, sont à la dérive. On sait combien le FN est maître en la capacité de faire son miel de ce sentiment d’abandon et combien la disparition de nombreux services publics a eu sur ce plan des effets ravageurs.

Comment mettre à l’ordre du jour la transformation sociale ? Le premier levier est sans doute à trouver dans la devise républicaine elle-même, à condition de retenir chacun des trois termes qui la composent. Liberté et fraternité, bien sûr, mais aussi l’égalité. Égalité de toutes et de tous devant la loi, dans l’accès aux droits, à tous les droits, qu’ils soient civils, politiques, économiques ou sociaux, culturels ou environnementaux. Ce combat pour l’indivisibilité et l’effectivité des droits est celui que mène quotidiennement la Ligue.

Le second levier est la solidarité, ciment de la cohésion sociale. C’est autour d’elle que s’est bâti notre système de protection sociale. Elle doit continuer à en être le pivot, alors que la solidarité est trop souvent perçue comme une source de dépenses et non comme un investissement social.

Enfin, il faut renforcer la participation des personnes aux décisions qui les concernent. Cette exigence interpelle le fonctionnement même de la démocratie. Dans un monde qui enregistre une montée inquiétante des populismes, la France n’a pas l’exclusivité de la crise de la démocratie, mais la démocratie française connaît des problèmes spécifiques. D’abord, ceux qui sont liés à une Constitution dont le noyau dur des institutions semble aujourd’hui obsolète. En dépit de la loi sur la parité, la sous-représentation des femmes perdure, à pratiquement tous les niveaux ; l’exercice des responsabilités est réservé à des professionnels et à un personnel politique déconnecté de la vie réelle, au point quelquefois de méconnaître le prix d’un pain au chocolat. À des degrés différents, les partis eux-mêmes manquent d’enracinement social. La politique ne donne plus un langage à ce que vivent les gens.

Elle interpelle aussi la qualité du dialogue social dans ce pays et la reconnaissance du droit d’expression syndicale. La condamnation des huit anciens salariés de l’usine Goodyear parle d’elle-même. Alors que la direction de l’entreprise et les cadres concernés avaient retiré leur plainte, cette très lourde peine a signé l’aggravation continue du climat social et interroge sur le regard porté par certains magistrats sur la réalité de la violence sociale. Pour la première fois dans notre pays, la justice a prononcé une peine de prison ferme pour de tels faits, ce qui constitue un pas de plus dans la volonté de criminaliser le mouvement syndical et social, sans doute dans l’espoir de freiner ainsi toute aspiration à la transformation sociale.

 

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